Marianne2.fr refond son design
Thursday 30 April 2009
La nouvelle version du site du magazine hebdomadaire Marianne a été mise en ligne le 29 avril, réalisée par l’excellente agence Upian. Cette refonte, écrit Philippe Cohen, rédacteur en chef de Marianne2.fr, procède de la volonté d’élargir l’offre éditoriale du magazine en ligne et de l’ouvrir davantage au web, dans le contexte “marqué par l’approfondissement de la crise”. Marianne2.fr s’est ainsi associé à une trentaine de blogueurs qui publient leurs articles sur le site. Le magazine en ligne, en mettant en lumière sa ligne éditoriale “critique et gouailleuse”, souhaite devenir “le journal de la crise”. Une fois planté ce contexte, on pourrait regretter un peu le propos de Philippe Cohen sur le design, qu’il semble dissocier des choix éditoriaux et du ton du magazine : “Nous changeons de maquette, pas de cerveau !”. Selon lui, la nouvelle maquette consiste surtout à proposer une architecture de l’information “permettant davantage d’entrées dans la homepage”, un rubricage simplifié (”Actu, débats et buzz”), un scénario d’usage balisé (s’informer, réfléchir, polémiquer), un confort de lecture amélioré.
Dans un autre article, Philippe Cohen a je trouve un propos intéressant, qui articule registre graphique et registre idéologique :
Et voilà le travail ! Notre chère Marianne2 vient de changer de robe. Elle était rouge de colère, elle passe à présent à des tons plus feutrés pour rendre ses coups de gueule plus lisibles.
Ce changement, chers internautes, correspond d’abord au nouveau contexte ouvert par la crise économique.
Comme si le changement de maquette de Marianne2.fr répondait exactement à la posture idéologique. Ce propos me semble ambivalent car il insiste à la fois sur l’idée du design comme simple dispositif d’habillage et en même temps lui donne du sens en le consacrant comme un engagement explicitement politique.
Sans m’étendre sur l’analyse sémiotique de la maquette, je trouve dommage que le magazine n’ait pas davantage explicité les choix de son identité en ligne, qui est très cohérente avec celle du magazine papier, notamment à travers la typo Dax et une certaine expressivité (le rouge, notamment). On trouve dans les choix typographiques les oppositions traditionnelles qui fonctionnent : sérif / sans sérif, gras/maigre, etc. La structure du site emprunte le principe de quiet structure à CNN, un rythme efficace, dans lequel les éléments structurels comme les modules sont contrastés d’une manière plus douce (fond rose très clair sur lequel s’agencent des modules blanc). Certains titres sont surlignés (dans la rubrique Débats), ce sont les “coups de gueule”. Les niveaux de lecture sont très bien distribués. Le module Marianne Plus regroupe les usages sociaux et les pages articles sont scénographiées avec un excellent sens de la signalétique, sans s’encombrer d’un déluge de pictos. Bref, pour moi une réussite, dans laquelle la conception, qui n’a pas cédé aux effets de mode, est remarquablement orchestrée.
