L’usabilité est-elle obsolète ?

Le numéro de mai-juin de la revue américaine Interactions vient de paraître et livre une série d’articles sur l’évolution des champs du design d’interaction. Katie Scott, de l’agence Maya,  y écrit un véritable plaidoyer pour réformer structurellement l’usabilité. Selon elle, les 15 années d’évolution fulgurante du web, qui ont remis en question beaucoup de paradigmes établis, n’ont pas de répercution dans le champ de l’usabilité, qui pratique les mêmes process et les mêmes méthodologies, au risque de voir son influence décroître progressivement.

Les fondamentaux de l’usabilité sont davantage le reflet de l’écosystème interactif des années 1990 et ne rendent pas compte, notamment, de la variabilité des usages complexes et pervasifs auxquels les utilisateurs sont confrontés. Cette nouvelle réalité rend peu à peu caduque la discipline, qui n’a pas pris la mesure des pratiques collaboratives, les nouveaux contextes d’usage (comme la mobilité), la stratification des interfaces, la diversification infinie des terminaux… Cette variable au coeur de l’usabilité, le contexte, rend la mise en pratique des méthodologies plus difficile à mesure qu’elle évolue et déconnecte la discipline de la réalité des usages pervasifs.

Par ailleurs, le raccourcissement des cycles de développement des produits instaure le principe de la “version Beta permanente”, du web temps-réel. La réactivité exigée dans les itérations qui permettent d’améliorer le design des produits semble court-circuiter l’usabilité, lui “confisquer” son rôle. Quid aussi de l’innovation ascendante, portée par les utilisateurs ? L’environnement, comme le souligne Katie Scott, n’est pas statique et le champ de la discipline doit en prendre la mesure, en révisant profondément ses méthodes, ses outils et ses modèles conceptuels. Qu’en pensez-vous ?