design d’information dans les interfaces web mobiles

Je profite de rebondir sur un article de Mathieu Collet sur l’excellent blog Ergonomic Garden pour poser quelques principes sur le design de l’information dans les interfaces web mobiles. Je suis tout à fait d’accord pour souligner l’importance de la qualité esthétique dans une interface web et tout autant dans le web mobile. Je trouve l’article de Mathieu judicieux car il met en rapport la perception de l’usager, les qualités esthétiques d’une interface et la facilité d’usage. Cette vision utilitaire du design ne me dérange pas, bien qu’elle ne prenne pas en compte le sens dégagé par l’expérience et ce que Mathieu désigne comme “le graphisme” de l’interface. En revanche, je tracerais une distinction assez nette entre l’esthétisme et le design.

L’esthétisme, ou plutôt l’esthétique, définit plutôt le système des valeurs lié à la perception d’un objet par nos sens, la perception du beau. Elle revêt une dimension d’ordre émotionnelle et pour schématiser, on pénètre dans le terrain de la subjectivité, de l’axiologie. Pour le Littré, “Jugement esthétique, se dit, dans le système de Kant, du jugement lorsqu’il considère les formes des choses de manière à en tirer un sentiment de plaisir.” Notion toute relative, par conséquent. J’empreinte des raccourcis théoriques pour ne pas trop alourdir ce billet.

Le design est tout autre. Il se situe en amont de l’esthétisme qui n’est qu’une des relations posées par le design. Il a trait aussi aux sens, mais se définit davantage dans la relation des choix formels, fonctionnels, structurels etc. (je renvoie à la définition retenue par l’APCI). Il est un processus intégrateur, et non une résultante. Nous parlons bien de conception et non de stylisme. Cet aspect un peu théorique a son importance dans les interfaces car leur design est trop souvent considéré comme un habillage graphique. Souvent d’ailleurs, dans les projets web, et c’est cela qui est vicieux car non dit, l’ergonome contribue en profondeur à la conception.

Une fois cette distinction faite, on peut revenir sur le design de l’information dans les interfaces web mobiles. Inutile de préciser que ce champ est totalement nouveau et qu’avec le WAP, comme le souligne Mathieu, on ne peut pas envisager de design de l’information. Cette discipline émergente a beaucoup plus à nous apprendre sur le plan des interactions et du design d’interface qu’un “graphisme abouti” ou que la rapidité d’accès à l’information.

Je trouve assez exceptionnelle la manière dont une interface web ou un applicatif mobile renouvelle le sens des relations qui sont proposées avec l’information connectée. Sans analyser dans les détails la vingtaine d’applications pertinentes des journaux en ligne, on devine la façon dont elles contribuent à trouver de nouveaux prolongements pour nos sens et à enrichir formellement le traitement de l’information :

  1. Par l’implication gestuelle / tactile évidente qu’elle propose pour une prise en main littérale de l’information. Il n’y avait jusqu’à présent que l’expérience du papier pour faire entrer le lecteur dans un rapport sensoriel aussi intense avec le support matériel de l’information. Par-là les interfaces mobiles créent un parcours de navigation inédit dans l’information.
  2. Par la façon dont l’organisation de l’information (le support formel en sémiotique) est repensée. On sait un certain temps qu’une interface web mobile n’est pas une miniaturisation d’une interface web classique. L’interface et l’usage de son support matériel imposent de reconfigurer l’organisation formelle de l’information. La hiérarchie n’y ressort pas de la même façon. On privilégie des modes plus séquentiels ou linéaires.
  3. Par les effets de sens qui découlent du choix des métaphores et surtout des idiomes d’interface. C’est-à-dire, comment matérialiser l’information ? L’héritage apporté par les interfaces web en la matière est réel mais quelle est sa portée exacte ?
  4. Par leur façon de gérer différemment cette fameuse économie de l’attention. Une interface mobile laisse paraître beaucoup moins de bruit qu’une interface web classique. Et donc génère un sens plus “concentré”.

Quelques exemples d’interfaces web / applicatives mobiles de sites d’information, avec leur design de l’information si spécifique :

USA Today propose sans doute l’appli la plus avancée en termes de design d’information. Le parcours de l’information permet, tout comme dans l’appli du Los Angeles Times, un processus de lecture intensément tactile. Pour passer d’un sondage à l’autre ou d’un titre à l’autre, l’usager fait horizontalement défiler la zone d’interaction. Notez aussi la transposition de l’infographie du sondage. Pour le Los Angeles Times, l’interface, construite en 2 volets ajustables, privilégie un design textuel mais riche de possibilités interactionnelles. Ce n’est qu’un timide début mais prochainement nous aurons sans doute des modules interactifs comme ceux développés par The New York Times sur son site web.

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Les métaphores choisies par USA Today (menu accordéon, mosaïque) permettent de gérer la surcharge informationnelle de l’interface :

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La navigation iconique participe aussi du design de l’information :

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