Nouvelle formule de Libération : une forme mosaïquée

La fragmentation est le sens vers lequel Libération tend irrésistiblement avec un nouvel habillage qui survient un peu moins de 2 années après la précédente refonte, pour le papier s’entend. Car, en ce qui concerne le web, on ne peut véritablement parler d’une refonte. Quelques maladroites retouches ont été apportées au design déjà incohérent du site, juste de quoi permettre de greffer le modèle désormais semi-payant. Cette non-évolution du site est une vraie déception, car les choix du design ne reflètent absolument pas les enjeux complexes qui se tapissent derrière la nouvelle formule du quotidien. Ni d’ailleurs, indépendamment du modèle économique et des choix éditoriaux du papier, les enjeux liés à l’information en ligne. La page d’accueil de Libé est toujours inter-minable (10 000 pixels de hauteur !).

La lecture mosaïque propre aux magazines fait appel à la participation communautaire dès la Une de la maquette papier, et comme l’écrit McLuhan, “c’est l’étalage collectif quotidien de plusieurs articles juxtaposés qui donne à la presse sa dimension complexe d’intérêt humain.” Cette évolution est intéressante, elle met en abyme les changements structurels brutaux qui interviennent dans la presse. Quantitativement et qualitativement, la rédaction semble s’être posé un défi, celui de revaloriser le journalisme. Je ne sais pas si cela répondra totalement aux problématiques qui sont posées par cette économie de l’immatériel. Pour moi, Libé aurait dû plutôt se lancer dans un journalisme multimédia à la NPR et non regarder vers le passé, si idéal soit-il.

Dans un chat inaugural, Laurent Joffrin insiste malheureusement un peu trop sur la dimension stylistique de ce nouveau design : “On cherche à faire monter en gamme le contenu journalistique et l’écriture, donc il nous a paru logique de choisir une forme plus fluide et plus élégante.” Je crois que Laurent Joffrin, comme beaucoup de monde actuellement, confond le design et la mode, qu’il faut en permanence réinventer. C’est en tout cas ce qui ressort dans le petit cahier de présentation de la nouvelle maquette et dans ses qualificatifs.

Je trouve que le discours qui avait accompagné la précédente maquette mettait davantage en lumière la vraie démarche de design entreprise par Nata Rampazzo.

La relative superficialité du discours tranche avec des enjeux pourtant parfaitement bien cernés et la pertinence du nouveau journal.

La nouvelle formule de Libé diagnostique un curieux divorce entre le papier et le web.

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