Benoît Drouillat, architecte de l'information

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Design de la presse en ligne : une perspective évolutionniste

Analyse

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Le 11 novembre 2010 — 

A l’occasion de la Journée Mondiale de l’Utilisabilité 2010, organisée par Frédéric Cavazza, une réflexion sur la notion d’ergonomie de l’information, l’émergence de modèles innovants et l’ « évolutionnisme » des médias d’information en ligne. Cette intervention proposait de prendre du recul sur les modèles existants et prospectifs de la presse en ligne et de mettre en évidence les apports des démarches de design.

Partant des apports de la pensée de McLuhan pour les médias électroniques, nous avons mis en évidence que la technologie devance très souvent les usages — qui sont le terrain par excellence du design —. « Le pouvoir qu’a la technologie de créer sa propre demande n’est pas étranger au fait qu’elle est avant tout un prolongement de notre corps et de sens », écrit McLuhan en 1964.

L’accroissement progressif de la complexité des systèmes éditoriaux témoigne bien de la nécessité d’une meilleure intervention du design. Cette complexité répond bien à des notions qui précédent l’émergence des médias électroniques comme l’information overload, l’attention economy et la fameuse serendipité.

L’héritage médiatique et culturel des médias d’information est complexe lui aussi. Le design de l’information en ligne tel que nous le connaissons aujourd’hui est infusé par une multitude de références qui traversent plus de 555 ans de culture, de la bible à 2 colonnes de Gutenberg à la déferlante des tablettes et liseuses électroniques. Aujourd’hui, l’orientation des écrans continue de suivre celle de la page : verticale.

C’est précisément l’ancrage systématique de l’information dans la métaphore de la « page-écran » qui nous montre la stabilité des principes de design qui régissent la présentation de l’information. Plusieurs titres de presse affichent ainsi non seulement une forte cohérence horizontale de leurs designs éditoriaux à travers les supports, mais aussi une intégrité surprenante de la structuration de l’information. Est-ce pour autant la garantie d’une ergonomie de l’information adaptée ?

La tendances qui se dessine depuis l’apparition des interfaces graphiques à la fin des années 1970, c’est la dispersion des supports matériels et formels. La lecture est fragmentée non seulement entre les supports (papier, ordinateurs, terminaux spécialisés, etc.) mais aussi entre plusieurs paradigmes d’interfaces : le web (métaphore de la navigation), le bureau et les interfaces post-WIMP que sont la plupart des « médias tactiles ».

C’est pourquoi une recherche de l’ergonomie de surface est insuffisante. L’ergonomie de surface concerne toutes les conventions génériques qui ont trait à la structuration de l’information, sa lisibilité, le dialogue avec l’interface. Nous avons identifié 3 grands types d’ergonomie de surface des interfaces d’information : hiérarchique, linéaire et mosaïquée, dont chacune répond à une pratique de lecture distincte (sélective, « en temps réel » ou discontinue).

Le design de l’information ne consiste pas seulement à imaginer la représentation dans l’espace de l’interface mais aussi à scénariser le contenu, à formaliser les interactions, à les enrichir… Les métiers du design interactif, en particulier quand ils interviennent sur la presse en ligne, sont trop cantonnés au design graphique, à la sphère superficielle de l’interface, alors qu’ils ont totalement vocation à intervenir dans l’ergonomie profonde : fonctionnalités, structure, cinématique, scénario d’usage, conception.

On peut regretter à ce titre que la plupart des sites d’information cherchent perpétuellement à retransposer le médium papier vers d’autres et que dans cette projection ils oublient de détacher le contenu de son médium pour chercher des pistes d’innovation plus en rupture. Toutefois, l’arrivée des tablettes et des terminaux mobiles a eu un effet positif sur le design des interfaces : elle oblige à le considérer dans sa forme la plus applicative (content as a software). Jusqu’ici les sites, en adoptant la métaphore du papier — que ce soit dans les sites, applications mobiles (iPhone/iPad) cherchaient à mettre en abyme dans un emboîtement de cadres logiciels la logique formelle du papier – inopérante – s’interdisant de trouver la voie d’une forme d’écriture et de lecture qui puise son sens dans le plaisir de l’interaction.

Dans quelques temps, comme on se soucie de designer des applications iPad, il faudra se soucier de concevoir des interfaces qui gèrent non plus les usages nomades mais des usages sédentaires où l’information passera tour à tour au centre puis à la périphérie de notre attention : ce sera l’avènement de l’ère de l’information ambiante.

Nombreux sont les enseignements à tirer de ces phases d’évolution successives des médias d’information. Elles nous tirent inéluctablement vers un contenu libéré de son médium : « the message is now free from the medium », affirmait un journaliste de Wired, en miroir renversé de l’adage mcluhanien « The medium is the message ».

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