La fin des portails web
Alors que MSN.fr (page d’accueil la plus vue en France d’après leur communiqué) a mis en ligne ces derniers jours la 12ème version de sa page d’accueil en 12 ans, le portail web, genre utilitaire et éditorial, s’efface peu à peu en tant que mode d’accès unifié à des contenus et à des services. Nés à la fin des années 1990, les portails web (à distinguer du portail d’entreprise qui a une autre vocation) impriment dans l’histoire du design web une empreinte culturelle profonde qui a influencé les schémas de conception des sites et les parcours de navigation des internautes. On trouve notamment en 1998 chez Netscape la métaphore empruntée au livre de la table des matières. La notice Wikipedia du terme web portal décrit les portails comme des points d’entrée sur la toile dont beaucoup étaient des annuaires de site ou des moteurs de recherche. Il drainaient une forte audience captive, génératrice de revenus publicitaires. L’éclatement de la bulle en 2000 avait eu raison de cet engouement et avait amorcé leur lent déclin. Parmi les plus éminents représentants du genre : MSN, AOL, Yahoo!, Lycos, Excite, Go.com… A partir de 2005, ils sont peu à peu éclipsés par les agrégateurs (comme Netvibes) qui prônent un accès personnalisé aux contenus et aux services. Beaucoup emboiteront le pas comme Yahoo! ou iGoogle pour reprendre cette expérience de prise en main de l’information par l’usager. Sans doute aussi, très nettement, des réseaux sociaux (Facebook, MySpace, Digg) ont repris cette fonction de point d’entrée. D’ailleurs cela n’est pas anodin si MSN.fr se décrit comme “le média social de Microsoft”.
Le design d’interface des portails est caractéristique : forte densité éditoriale (voire surcharge informationnelle), structure en U renversé, bandeau identitaire, unités d’information marquées (modules)… Je trouve intéressant d’observer l’évolution des codes d’interface des pages d’accueil des principaux acteurs vers une hiérarchisation plus proche des sites d’information en ligne et des motifs de conception comme lesaccordions, carrousels, module tabs, floating layers, slideshows… Du mode texte aux interfaces permettant des interactions riches. On perçoit très bien par exemple le raffinement du colonnage et de la typographie pour aboutir à des niveaux de lecture beaucoup plus sophistiqués. Mais les éléments d’interface ne sont qu’un aspect de la problématique et, on le voit bien, pour quelques uns des portails qui ont survécu, la question se pose davantage en termes de design de service. Notamment, en témoigne lesexplorations de Yahoo! sur sa nouvelle page d’accueil.
J’ai rassemblé à partir de captures d’écran prises sur archive.org quelques exemples d’évolution d’interfaces de portails :