Prison Valley, son interface, sa temporalité
Je partage bien sûr l’enthousiasme d’Alain Joannes sur Prison Valley, le webdocumentaire — qualifié à juste titre de chef d’œuvre — de David Dufresne et Philippe Brault, produit par Arte, Upian et le CNC.
Ce qui est particulièrement éprouvé dans Prison Valley, ce ne sont pas uniquement son écriture, son traitement rich-media ou son interface, c’est la construction particulière de l’expérience temporelle qu’elle propose, c’est-à-dire son parcours de navigation. C’est aussi, dans l’ordonnancement du récit, son architecture de l’information, appuyée par les métaphores spatiales — le motel, la route, la cartographie — autant d’indices dotés d’une « dimension référentielle », diraient les linguistes. La réflexion développée sur les relations structurelles qu’entretiennent les unités de contenus à l’intérieur du webdocumentaire donne à mon sens à Prison Valley un statut à part, à opposer aux autres productions du genre, dotés d’une construction souvent moins sophistiquée.
Prison Valley est beaucoup plus qu’une succession / un agencement de propositions narratives qui décrivent une progression dans la fiction documentaire — progression qui peut être interrompue et reprise à loisir et en fait un univers persistant. C’est une construction rythmique, un parcours de navigation où l’effet d’immersion est subjuguant. La temporalité du webdocumentaire se déroule selon deux modes : séquences terminatives (le motel, les nœuds de navigation) et séquences chronologiques (la lecture vidéo du documentaire). Prison Valley déploie ainsi un scénario particulièrement habile pour mêler étroitement linéarité du récit et hypermédia. En plus de tout cela, les concepteurs de l’interface ont réussi à y associer une intégration parfaite des outils sociaux et participatifs.

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