Arborescences : complexité et représentation graphique (1/2)
[Illustration : Tree of Knowledge – Lucas Cranach] Terme botanique, l’arborescence est définie au sens premier comme « dessin naturel ou non en forme d’arbre » ou « objet dont l’apparence ressemble à une plante ou à un arbre » (Trésor de la langue française).
L’Office québécois de la langue française propose 2 définitions rattachées à l’informatique et aux sciences de l’information, plus techniques : « Représentation organisationnelle adoptant la forme d’un arbre, qui établit une stricte hiérarchie entre les éléments qui la composent, de façon que toute information, sauf la première, procède d’une seule autre, mais peut en engendrer plusieurs » / « Schéma qui met en évidence les rapports hiérarchiques des termes à l’intérieur d’une collection ».
L’arborescence décrit ainsi, dans le contexte des espaces d’information numériques, une forme particulière de structure de l’information. Cette forme est héritée de la conception logicielle, où les dossiers et fichiers s’agencent de façon hiérarchique ou non.
L’arborescence est un outil du processus de design.
Dans l’ouvrage fondateur de la pratique de l’architecture de l’information, Information Architecture, Louis Rosenfeld et Peter Morville font de l’arborescence un livrable qui documente l’organisation du contenu d’un site web. Fidèles à la métaphore de l’architecture, ils reprennent le terme blueprint qui désigne en anglais un «un plan détaillé, ce que l’on appelle en dessin technique un dessin de définition. Le terme, signifiant littéralement « impression en bleu », provient d’un procédé d’imprimerie, la cyanotypie » (Wikipedia).
A propos de la représentation graphique des arborescences, Rosenfeld et Morville notent que « la forme doit suivre la fonction » et qu’elles ne s’auto-explicitent pas. Ils distinguent ces représentations en fonction de leur niveau de détails : high level blueprints et detailed blueprint. A plus d’un titre, il est intéressant de confronter la vocation utilitaire de l’arborescence et sa représentation graphique. Plusieurs facteurs l’influencent :
- la granularité du contenu représenté
- la nécessité de modifier rapidement et aisément le document
- le souci d’expliciter au client les relations sémantiques des contenus et des fonctions représentés
- le souci d’employer une grammaire graphique simple, pour conserver une vision d’ensemble
- le souci de représenter le statut d’une page (pages dynamiques, pages créées par les utilisateurs…)
Or, pour les arborescences très complexes et détaillées, cet équilibre paraît particulièrement difficile à maintenir.
Jesse James Garrett est, pour sa part, à l’origine d’un vocabulaire graphique complet pour la formalisation d’arborescence. Il a édité des bibliothèques de formes basiques, boxes and arrows (des boîtes et des flèches), pour reprendre une expression dont un magazine en ligne a même inspiré son nom.
1. Pour distinguer fichier / page et pile de fichiers / pages :
2. Pour illustrer les rapports de navigation :
3. Pour illustrer la direction ascendante ou descendante du parcours de navigation :
Dans l’excellente seconde édition de Communicating Design, Dan Brown souligne qu’une arborescence n’offre qu’une vision approximative des parcours de navigation car les visiteurs empruntent de multiples chemins d’accès vers les pages.
Christina Wodke et Austin Govella souscrivent à cette démarche dans leur ouvrage Information architecture, blueprints for the web. Ils recommandent en premier lieu le prototypage papier et la formalisation finale sur l’ordinateur. Ils détaillent sur le plan formel 2 principales typologies d’arborescence : profonde (avec un grand nombre de niveaux hiérarchiques) ou étendue (avec un grand nombre de pages du même niveau juxtaposées). Ils proposent 4 types de représentation :
En arbre, pour insister sur la hiérarchie (avec la difficulté de parvenir à agencer toute l’information sur le plan horizontal disponible)
En rayon, qui va favoriser une disposition verticale du contenu
En étoile, pour les cas où la hiérarchie n’est pas stricte et l’organisation peu profonde
En tableau, pour insister sur les associations davantage que sur la hiérarchie des contenus
Ce sont là les représentations d’arborescences qui conviennent à des structures simples et des volumes de contenu relativement faibles. Le problème récurrent qui se pose dans cet exercice est de trouver la représentation adaptée à des configurations complexes où la profondeur de l’arborescence peut descendre jusque 4 niveaux et compter au-delà d’une centaine de pages. Comment équilibrer clarté de la représentation visuelle et richesse du contenu ? Je développerai ces aspects dans un prochain billet.







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