Benoît Drouillat, architecte de l'information

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Enseigner l’architecture de l’information

Réflexion

3 commentaires

Le 26 mai 2011 — 

J’ai créé depuis 2005 plusieurs cours sur la pratique de l’architecture de l’information, d’abord à l’Université de Limoges dans la Licence pro Webdesign, puis à l’École Multimédia et plus récemment à l’Université de Créteil. Je précise au passage que je vois en l’architecture de l’information une pratique, dotée d’un ensemble de méthodologies, davantage qu’une discipline à part entière. Cela même si l’architecture de l’information rassemble des notions qui ont fait l’objet de publications approfondies de la part de nos confrères américains. Je pense en particulier à la findability (trouvabilité) et aux search patterns (schémas de recherche), tous deux thématisés par l’emblématique Peter Morville. En langue française, seule Amélie Boucher s’est véritablement saisie de la problématique à travers son ouvrage Ergonomie web.

En France, la pratique — et la visibilité — de l’architecture de l’information se répand depuis une dizaine d’année mais elle semble marginale ou mal identifiée dans l’offre de formation en design. Elle souffre sans doute aussi d’une confusion avec des champs connexes comme l’ergonomie des interfaces et l’user experience design (UX), qui est la traduction mercatique de la pratique du design interactif. Récemment, j’ai reçu de nombreuses demandes de recommandation d’une formation dédiée à l’architecture de l’information. Un tel cursus spécialisé n’existe pas encore en France.

L’Université Paris 8 m’a proposé de créer, à la rentrée 2011, pour sa Licence Multimédia un nouveau cours plus approfondi sur l’architecture de l’information. Voici comment je pense aborder ce cours. C’est une des étapes de ma réflexion.

1 – Architecture de l’information, définition, composantes, objectifs, apports

2 – Principes fondamentaux de l’architecture de l’information (systèmes d’organisation, systèmes d’étiquette, système de navigation, système de recherche, vocabulaires contrôlé et métadonnées)

3 – Atelier : découverte des principaux livrables de l’architecture de l’information (arborescence, interface filaire…)

4 – Méthodologies de l’architecture de l’information : benchmark, personas, audit ergonomique, modèle conceptuel, inventaire de contenu, arborescence, différentes méthodes de prototype, les outils de l’architecture de l’information (logiciels, applications en ligne), notion de schéma de conception (design pattern)

5 – Atelier à partir d’un cahier des charges réel

6 – Les notions complémentaires à l’architecture de l’information : notion de « trouvabilité », ergonomie / usabilité, stratégie de contenu, architecture de l’information et usages sociaux, etc.

Pour moi l’architecture de l’information opère la synthèse entre la mobilisation de contenus éditoriaux, une proposition de fonctions dans le produit ou le service qui aboutissent à des usages, une expérience de lecture, de navigation, etc. Cette dimension éditoriale est souvent sous-estimée dans les projets de design. Mon idée est surtout de transmettre aux étudiants une méthode de travail opératoire, tout en explorant avec eux les principales notions qui interrogent notre rapport à l’information dans les interfaces.

Commentaires

3 réponses à “Enseigner l’architecture de l’information”

  1. JourDePluie dit :

    Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne met pas en doute la notion d’architecture de l’information, ux design et ui design mais j’aimerai apporter mon modeste point de vue de (concepteur) mais surtout développeur multimédia.

    Le point de vue, donc, de quelqu’un venant de la chaîne de production, à « opposer » avec la chaîne de conception dont l’architecte de l’information ou l’ux designer font partie.

    Je précise aussi que j’ai suivi la licence webdesign de Limoges (et tes cours) ainsi que la formation Concepteur Réalisateur Multimédia à Gobelins, je connais donc (plus ou moins bien) ce qu’est l’architecture de l’information.

    Mon constat est assez simple. Aujourd’hui toutes les agences web essaient, avec plus ou moins de brio, de s’engouffrer dans le brèche « ux design » et depuis peu « architecture de l’information ». Cependant, il s’avère que ces pratiques se résument souvent à ce que j’appellerai du « bon sens ».

    Toute personne qui possède un bon background et une bonne culture web, trouvera tout ces processus superflus ou innés, et donc sans grand intérêt d’être dissocier du processus de création / réalisation ou conception en amont du projet.

    Qui plus est, les agences ont la fâcheuses tendances à mettre des mots compliqués (et à consonance anglo-saxonne) sur des pratiques déjà bien en place chez tous professionnels qui se respectent.
    Prenons l’exemple du wireframe, qui est le grand mot à la mode, et qui définie, ni plus ni moins, des zoning / storyboard (et comble de la supercherie, souvent basse définition), mais permet de vendre de la « branlette » au client (et accessoirement d’embaucher des petits jeunes qui se prétendent ux designer).

    Bref, il me semble, qu’ à moins de refondre des sites comme lemonde.fr (exercice que tu nous avais proposé, et qui s’est révélé fort instructeur) ou amazon.com, l’architecture de l’information est souvent noyée dans le conception / da, et permet uniquement de facturer du services et des heures à prix d’or, là où le travail sera minime (rentabilité !).

    Et c’est d’ailleurs en ça que les Américains, qui ont toujours un train d’avance pour créer de nouvelles tendances, lucratives si possible, font office de référence.

    Comme je l’ai dit au début de ce commentaire, je ne dénigre ni ne remet en cause la notion d’architecture de l’information, seulement, appliqué à 99% des projets web, il s’agit uniquement d’une mode. C’est pourquoi, je m’efforce de remettre au centre du discours la notion de « bons sens » et « bonne pratiques », qui finalement sont l’escence de cette discipline, au point même, de souvent pouvoir sans contenter (et ne pas vendre un ramassis de masturbation intellectuelle).

    Je finirai en disant que j’architecture de l’information, devrait être enseignée de manière séparée aux formations web, car elle couvre un champ d’application beaucoup plus vaste (à la manière de l’ux design, mais trop de gens pense que poser trois blocs sur une feuille quadrillée c’est de l’ux design et ignore tout de ce que sont les IHM…).

    Voilà, j’aimerai avoir ton ressenti sur la question, évidemment, je me trompe peut être, mais je pense qu’une part de vrai se cache dans mes propos. Si ce n’est pas le cas, ils sont au moins partagés par beaucoup de personnes de la profession, agacées de voir autant de blabla s’immiscer dans le web (on reparlera de community manager un autre jour peut être).

    En tous cas, bonne continuation à toi, et dans tes réflexions.

  2. Benoît Drouillat dit :

    Je pense que cela rejoint en partie mon propos. Il y a en effet actuellement de buzz autour de l’ux design. J’admets tout à fait qu’il y a dans l’industrie du numérique une dérive mercatique qui se cristallise sur la notion d’ux. Là où je me démarquerai c’est que les méthodes de l’architecture de l’information vont au-delà du bon sens. Il n’y a rien d’évident dans la complexité de l’information et des usages auxquels nous sommes confrontés. Personnellement, une fois encore, je vois surtout dans l’AI une pratique plus qu’une discipline théorique. Cette formalisation est indispensable pour modéliser les systèmes et disposer d’une représentation claire du fonctionnement d’une interface. C’est surtout, pour moi, un outil de prototypage dans lequel on s’appuie certes sur des conventions, mais qui peut permettre de générer rapidement et aisément des propositions créatives qu’on peut valider ou invalider sans nécessiter une production lourde.

  3. Très intéressant article, Benoît. La structure de cours que tu imagines me semble très bonne, alternant entre analyses théoriques et méthodologiques avec atelier pratiques sur de vrais objets professionnels que sont les livrables évoqués.

    Quant à JourDePluie, je ne vous suis pas du tout. Le bon sens, c’est tout ce qu’il y a de plus opaque et mal défini, parce que c’est subjectif, arbitraire, variable. Une wireframe, c’est au contraire une formalisation objective, concrète, fixée d’un projet web. C’est un outil extrêmement utile du point de vue méthodologique. Cela fait gagner beaucoup plus de temps. C’est en prototypant que, dans tous les secteurs du design, on vérifie la faisabilité des idées. Et c’est l’un des grands intérêts, selon moi, de l’architecture de l’information et de ses livrables. Une pratique qui gagne à être connue et enseignée afin de faire mieux comprendre la méthode de projet web. Pour la sortir des approximations brouillon et amateur de monsieur-tout-le-monde-geek-à-ses-heures-perdues.

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