Benoît Drouillat, architecte de l'information

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Nouvelle formule de Libération : une forme mosaïquée

Veille

4 commentaires

Le 8 septembre 2009 — 

La fragmentation est le sens vers lequel Libération tend irrésistiblement avec un nouvel habillage qui survient un peu moins de 2 années après la précédente refonte, pour le papier s’entend. Car, en ce qui concerne le web, on ne peut véritablement parler d’une refonte. Quelques maladroites retouches ont été apportées au design déjà incohérent du site, juste de quoi permettre de greffer le modèle désormais semi-payant. Cette non-évolution du site est une vraie déception, car les choix du design ne reflètent absolument pas les enjeux complexes qui se tapissent derrière la nouvelle formule du quotidien. Ni d’ailleurs, indépendamment du modèle économique et des choix éditoriaux du papier, les enjeux liés à l’information en ligne. La page d’accueil de Libé est toujours inter-minable (10 000 pixels de hauteur !).

La lecture mosaïque propre aux magazines fait appel à la participation communautaire dès la Une de la maquette papier, et comme l’écrit McLuhan, « c’est l’étalage collectif quotidien de plusieurs articles juxtaposés qui donne à la presse sa dimension complexe d’intérêt humain. » Cette évolution est intéressante, elle met en abyme les changements structurels brutaux qui interviennent dans la presse. Quantitativement et qualitativement, la rédaction semble s’être posé un défi, celui de revaloriser le journalisme. Je ne sais pas si cela répondra totalement aux problématiques qui sont posées par cette économie de l’immatériel. Pour moi, Libé aurait dû plutôt se lancer dans un journalisme multimédia à la NPR et non regarder vers le passé, si idéal soit-il.

Dans un chat inaugural, Laurent Joffrin insiste malheureusement un peu trop sur la dimension stylistique de ce nouveau design : « On cherche à faire monter en gamme le contenu journalistique et l’écriture, donc il nous a paru logique de choisir une forme plus fluide et plus élégante. » Je crois que Laurent Joffrin, comme beaucoup de monde actuellement, confond le design et la mode, qu’il faut en permanence réinventer. C’est en tout cas ce qui ressort dans le petit cahier de présentation de la nouvelle maquette et dans ses qualificatifs.

Je trouve que le discours qui avait accompagné la précédente maquette mettait davantage en lumière la vraie démarche de design entreprise par Nata Rampazzo.

La relative superficialité du discours tranche avec des enjeux pourtant parfaitement bien cernés et la pertinence du nouveau journal.

La nouvelle formule de Libé diagnostique un curieux divorce entre le papier et le web.

Commentaires

4 réponses à “Nouvelle formule de Libération : une forme mosaïquée”

  1. Manuel Diaz dit :

    Je te trouve un peu dur Benoit sur ton analyse. Il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis, mais cela relève de l’analyse métier, comme si tu passais Libé au banc du “state of the art” des pratiques web sur lequel d’ailleurs peu de titres s’en sortiraient bien.
    Libé a changé son modèle économique pour passer d’un titre d’info au premier réseau social de l’actualité en France. Si c’est pas de la conduite du changement dans les têtes dirigeantes du journal, je ne sais pas de quoi il s’agit alors.
    Libé a toujours eu aussi une culture du test, du prototypage rapide, de l’écoute du retour de ses lecteurs et de la réforme permanente de ses propositions. Laissons passer un peu de temps pour voir comment tout cela va évoluer.
    De plus, je rappelle juste que le journal a failli mourir il y a encore pas si longtemps, que les moyens de libé ne sont pas ceux de certains de ces concurrents ; compte tenu de cela aussi je trouve l’effort plus que saluable et novateur.

  2. Florent dit :

    Pour ce qui est de la version papier j’ai eu l’impression d’acheter un sandwich avec cette nouvelle formule papier de Libé. Une impression d’être accueilli par un sandwich, deux tranche de morceaux de photographies, une tranche d’un morceau d’illustration pêle-mêle. Ces images deviennent complexes à lire parce qu’on en aperçoit qu’un extrait, mais surtout elle se juxtapose mal, le mélange illustration/photographie tel qu’il est proposé en une est assez indigeste. Cette page devient bien trop morcelé, on ne distingue plus de grille, on ne parvient pas à comprendre sur quoi cela est construit. L’intérieur n’est pas forcément mieux. Un mélange typographique qui n’est pas des plus heureux (aucune des fontes ne parait être dessiné pour le titrage). Rien ne semble calé… vraiment déçu.

  3. monsieur f dit :

    Bonjour à tous !

    Il est vraiment dommage que le SEUL et unique quotidien national qui avait encore le secret et l’art de la “une” ait finalement cédé à l’appel de la banalité fragmentaire.

    Alors même que Libé lance une campagne de publicité (signée par les très créatifs Fre et Farid) qui rend hommage à cette grande et longue tradition de “unes” spectaculairement sobres et souvent brillantes, voici qu’on assassine cet art qui était le leur.

    SACRILEGE !

  4. jjb dit :

    Tout à fait d’accord avec Benoît.
    La nouvelle une semble avoir été conçue pour intégrer les bandeaux de publicité. Conséquence : tout en a l’air.
    Pour les paroles, c’est un plus fourni, seul dièse dans une forêt de bémols.
    Le nouveau journal reste à inventer…
    Intégrera-t-il des codes 2D ?!

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