Le financier new-yorkais Bernard Madoff, condamné cette semaine à une peine de 150 années de prison, avait monté une fraude pyramidale de 50 milliards de dollars. Les journaux en ligne ont bien sûr largement traité cette affaire qui se distingue par le caractère inédit de son ampleur. Au dénouement, les rédactions ont multiplié les dossiers sur le sujet, mais seuls 2 journaux en ligne, issus de la presse économique, apportent une valeur ajoutée interactive à l’information : The Wall Street Journal et The Financial Times. Dans une moindre mesure, CNN et The New York Times ont proposé respectivement une timeline et des compléments multimédia (diaporama, notamment).
A ce titre il est intéressant d’explorer la façon dont ces sites ont utilisé les modules interactifs, soit pour prendre une distance analytique sur les faits, soit pour entrer dans un traitement de l’actualité chaude. WSJ joue sur ces deux niveaux d’information, en proposant un graphique interactif qui permet de visualiser les connexions de Madoff avec des acteurs importants du monde des affaires, un historique des plus grands escrocs, mais aussi un diaporama montrant les réactions à chaud des victimes à l’énoncé du verdict du procès. Le quotidien économique américain offre ainsi le meilleur traitement multimédia de l’affaire.
The Financial Times insiste sur la dimension temporelle de l’affaire à travers ses modules interactifs, un graphique des plus grands délinquants financiers et une timeline du développement de l’affaire Madoff.
The New York Times capture également les réactions à l’énoncé du verdict, à travers un diaporama photo. Mais aussi s’essaie à un journalisme des données en donnant accès à la liste des clients de Madoff, sous la forme d’un module de recherche.
Enfin, CNN capitalise sur ses timelines, avec un module formaté pour relater les “crimes de Madoff”.
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Le site d’information néerlandais www.en.nl expérimente, en lieu et place de son header, une intéressante représentation temporelle de son activité de publication. Cette ligne de temps horaire, baptisée newsriver navigation, affiche sous la forme d’un diagramme à barres la liste des articles publiés sur les dernières 24 heures. Le designer, Wilbert Baan, explique ses choix de conception dans un billet intitulé “Reinventing the News Website”, en voulant interroger la façon dont nous consommons l’actualité :
The newsriver is a principle that regards news as a continues flow of information, where you can hook in whenever you want (An RSS feed). For the first version of EN we are experimenting with this idea in the navigation. I don’t know if this is it, it’s different from the navigation we are used to.
(Le principe de la newsriver (littéralement, rivière d’information) consiste en un flux continu d’information, que l’on peut rattacher à n’importe quel dispositif (un fil RSS). Pour la première version de EN, nous expérimentons cette idée dans la navigation. Nous ne savons pas si elle est pertinente, elle est différente des navigations auxquelles nous sommes habitués.)
Le parti pris, en termes d’architecture de l’information, est ici de privilégier une approche temporelle au détriment d’une organisation hiérarchique qui s’effectue plutôt par entrées thématiques. La hiérarchie s’effectue en fonction de la fraîcheur de l’information. Ce choix, extrêmement ingénieux, n’est pas sans implications sur le sens donné à la démarche journalistique. D’une approche top-down (descendante) hiérarchique, où c’est le journaliste qui effectue le choix de l’organisation pertinente de l’information, on passe à une approche bottom-up (ascendante), guidée par la base de donnée. Ce sont les méta-données (dates et heures de publication) qui structurent la navigation et non plus une décision éditoriale.
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Les lignes de temps interactives (timelines) sont des exemples de formalisations séquentielles, des parcours de navigation dans l’information qui rompent avec la conception d’une interaction à simplement “cliquer/pointer”. Dans les timelines, l’implication gestuelle de l’internaute prend une signification particulière, avec un sens de lecture horizontal et cette notion de défilement, culturellement plus détachée de la métaphore de la page écran, en lecture verticale. Même si par ailleurs les lignes de temps empruntent leur culture à l’histoire comme discipline (les frises chronologiques que chacun a parcouru en classe) et que les manuels scolaires les ont consacrées comme une scénographie de l’information privilégiée pour la représentation du temps.
Elles renouvellent la pratique de l’information en ligne depuis leur apparition avec des outils comme Director ou Flash, qui ne sont pas les seules technologies possibles pour les mettre en oeuvre.
Avec l’avènement des usages sociaux, les lignes de temps comme surface d’affichage et espace de partage sont devenues très populaires. Leur utilisation ne se cantonne plus seulement à la presse en ligne ou au discours institutionnel, elle est appropriable par tout un chacun.
Les timelines ont par ailleurs l’avantage d’être plus proches des idiomes que des métaphores sur le plan de la formalisation. Les idiomes sont considérés comme plus efficients pour scénographier l’information (cf. About Face 3, Alan Cooper).
J’ai regroupé ci-dessous un certain nombre d’exemples de timelines dans le contexte de sites d’information en ligne, sans me cantonner aux journaux et en allant vers des médias télévisuels comme CNN, ABC etc. Les pratiques sont assez riches d’enseignements.
Difficile d’ailleurs de ne pas citer pour commercer une récente initiative de Google pour mettre en scène l’information, Google News Timeline. C’est, me semble-t-il, un élément de réponse possible à la surcharge informationnelle. Les résultats de recherche d’actualité sont organisés chronologiquement et permettent à l’utilisateur de balayer l’information selon un parcours de lecture horizontal, tout en configurant les sources d’information souhaitées.
Le Washington Post a hybridé représentation spatiale cartographique avec la représentation temporelle. Cette géolocalisation est plus propice à une navigation exploratoire, à la sérendipité. A noter, la navigation du bas, qui permet de créer une “fenêtre temporelle” dans l’information.
CNN articule d’une manière judicieuse plusieurs modalités de traitement de l’information : un article, souvent un videocast, une carte interactive, et plus rarement une timeline comme celle dédiée au terroriste Ben Laden :
Sur le site ABC News, la timeline (Ici Clinton et Obama) est toujours une navigation séquentielle, mais elle s’enrichit de médias, décrit une mise en scène sous la forme de “panneaux” spatialisés.
Le traitement graphique choisi par MSNBC reflète bien son ancrage dans un média où se lit à la fois l’héritage télévisuel (NBC Universal) et web (Microsoft étant associé à ce projet). Les timelines, qui ont été conçues souvent de façon très basique en termes d’interaction (pas de curseur, juste des flèches directionnelles, sauf pour celle illustrant l’Irak) illustrent différents thèmes allant de la crise économique à la guerre en Irak. Les liens vers les timelines sont sur les images.
The Guardian, qui n’hésite pas depuis peu à héberger l’essentiel de ses timelines sur un service en ligne, Dipity. A noter que ce journal dispose de la rubrique interactive la plus riche de la presse en ligne, avec un rythme de publication très soutenu.
Timesonline ne suit pas vraiment cette stratégie et conçoit davantage ces modules comme de petits ilôts de contenus :
Sur les sites d’El Mundo et El Paìs :
L’exécution graphique est moins léchée chez Newsweek.
The Wall Street Journal :
The New York Times adapte sa formalisation à plusieurs configurations :
Intéressant principe au L.A. Times non pas en tant que timeline mais en tant que mode navigationnel. Un module permet de naviguer dans les archives du site en signalant visuellement le nombre d’occurrences du sujet dans le temps :
USA Today :
En conclusion, on perçoit bien les enjeux qui se font jour à travers cet exemple de formalisation de l’information, ses possibilités interactionnelles, la façon dont le sens de l’actualité peut se construire, se re-moduler avec la participation de l’internaute. Cette nouvelle grammaire ne peut qu’enrichir les pratiques de l’information en plaçant à sa surface une dimension qui lui est consubstantielle, la temporalité. Par là, elle offre des moyens d’accès qui ne relève plus uniquement d’une décision éditoriale mais d’une capacitation.
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